Un Fermier sur la terre

(section des poèmes nouveaux)

 

Il caresse la terre avec amour

La couvant des yeux tel un tendre amant

A tel point que sa femme en le regardant

Ne s'y tromperait pas : c'est pour toujours.

 

Confiant en l'avenir, les yeux pleins de promesses

Il aime voir mûrir les fruits de sa déesse.

 

Quand il mesure soudain l'étendue

De ses grands champs de terre qu'il laboure

C'est alors qu'il devient aveugle et sourd

Au monde autour de lui qui évolue.

 

Il pense à sa récolte, il pense à sa richesse

Il veut qu'on colporte les fruits de sa déesse.

 

Il sait que dans ses prés paîtront les vaches

Il pense à tout ce lait qu'il pourra vendre

Il travaille pour qu'au pré l'herbe tendre

Engraisse des produits que l'on s'arrache.

 

Il sait bien que la terre tient toujours promesse

A l'endroit, à l'envers, elle est une déesse.

 

Avec sa main puissante et abîmée

Il sent quand la terre a besoin de soin

En l'effritant, il ne se trompe point

Les yeux sur son pouce qu'il fait jouer.

 

Aucun effort trop grand pour soigner sa princesse

Au mépris de son temps, elle est bien sa déesse.

 

Elle lui procure la liberté  −

Celle au-delà des contraintes terribles

Du changement à jamais impossible  −

Qu'il faut à un homme pour exister.

 

Pas de repos jamais, interdit la paresse !

Il faut que le fermier respecte sa déesse.

 

Femme ne lui en veux pas trop quand même

S'il perdait sa terre il perdrait son âme

Ne pourrait plus entretenir sa dame

C'est pourquoi, tu vois, plus que toi, il l'aime.

 

Jalouse tu peux l'être car il n'a de cesse

Sans épargner son être, de choyer sa déesse.

Mais s'il ne l'avait pas, tu ne serais pas là.

 

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