Gabriel en rentrant chez lui se servit un grand whisky. Il s'assit sur le canapé en commençant à imaginer le jeune homme qui était allé dire à Lydie qu'il voulait le voir pour raison personnelle. Il fit mentalement le tour de ses connaissances, mais le fait est qu'il ne connaissait absolument personne qu'on eût pu qualifier de "jeune homme". Le seul qui avait croisé sa route dans les dernières années, lui avait amené une série de sérieux ennuis, des séances d'interrogatoire à n'en plus finir et avait lui-même fini avec une balle entre les deux yeux. Gabriel prit une profonde respiration. Jamais il n'oublierait les photos que le policier lui avait montrées. Le blouson vert souillé de sang, la position du corps, l'expression du visage... tout le hantait. Décidément, cette visite du lendemain ne lui disait rien de bon.

    Il chercha comment chasser ses idées noires. Il alluma la télévision, où une speakrine et un animateur essayaient de faire deviner des mots improbables à des candidats au quotient intellectuel d'un protozoaire. Il changea de chaîne pour tomber sur une téléréalité à la mode, rien de passionnant non plus. Encore un zap, et il se trouva devant un documentaire animalier. D'un seul coup retentit la déflagration qui vint abattre le pauvre éléphant que des braconniers voulaient récupérer pour lui arracher ses défenses. Le bruit ramena Gabriel immédiatement à la photo du jeune homme. Il coupa la télé et préféra mettre en route la chaîne. Il déposa un compact disc sur la platine qui l'avala et commença à égrener dans la pièce les notes de Prokofiev.

 

    Gabriel se mit à la fenêtre en battant la mesure avec son verre à la main et son genou, et il observa quelques instants la ville dans le soir. Puis subitement, il décida qu'il ne se ferait pas à manger ce soir-là. Il prit le téléphone et commanda une pizza pour vingt heures.

 

(à suivre...)

 

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